6ème Séminaire de la Prévoyance Professionnelle (SPP6) : « Inventons ensemble la prévoyance de demain »

6ème Séminaire de la Prévoyance Professionnelle (SPP6) PensExpert s’est réjouis, en tant que partenaire, de l’excellent bilan du 6ème Séminaire de la Prévoyance Professionnelle (SPP6). Un grand pas supplémentaire a été franchi lors de cette édition. Plus qu’un constat de la situation actuelle de la prévoyance en Suisse, les orateurs sont intervenus afin de se projeter dans l’avenir avec une approche audacieuse intitulée : « Inventons ensemble la prévoyance de demain ».  De l’expérience d’une grande caisse de pensions comme celle de Procter & Gamble, en passant par une réflexion avant-gardiste sur la liberté et la flexibilité des placements en prévoyance, les participants ont été interpellés par une vision moderne et futuriste de ce domaine. A noter la présentation interactive de clip vidéo évoquant 5 questions décalées suivi d’un vote en temps réel du public. Pour conclure, une table ronde, animée, ouverte, originale, qui a permis aux intervenants d’échanger sur des sujets délicats jamais ou très peu évoqués auparavant tels que la délocalisation des EMS à l’étranger ou la liberté d’octroyer aux jeunes l’utilisation de leur capital de retraite quand ils en ont besoin. Un formidable envol vers le futur de la prévoyance en Suisse !

 

Couverture d’assurance personnalisée

Jeremy Unterweter

Jeremy Unterweger est conseiller à la clientèle de PensExpert SA à Zurich.

Depuis quelques années, la Fondation de libre passage Independent propose aussi des prestations d’assurances. Selon le cycle de vie, les preneurs de prévoyance peuvent bénéficier de cette offre intéressante avec des primes très attractives. Notre conseiller Jeremy Unterweger répond aux questions suivantes.

 

 

Garantie individuelle d’assurance pour tous les cycles de vie. Comment la prévoir lors d’une absence prolongée comme un congé sabbatique ? Est-ce que la conclusion d’une assurance LAA par convention ne suffirait-elle pas ?

Lors d’une cessation des rapports de travail, la prévoyance professionnelle prévoit seulement le maintien de la couverture d’assurance pendant le délai légal d’un mois. Naturellement, la conclusion d’une assurance par convention pour une durée maximale de 180 jours est certainement recommandable. Au contraire de l’assurance par convention qui propose uniquement des prestations en cas d’accident, la solution d’assurance offerte par Independent intègre un tarif mixte. Ce dernier couvre le risque suite à une maladie ou à un accident.

 

Est-ce que la couverture d’assurance lors d’un congé sabbatique est valable pour le monde entier ? Et comment cela fonctionne en cas de domicile respectivement de lieu de travail à l’étranger ?

Oui, la couverture d’assurance mondiale est octroyée pour un congé sabbatique. En cas de domicile définitif respectivement de lieu de travail à l’étranger, le preneur de prévoyance peut aussi profiter de notre offre. Condition : le preneur de prévoyance doit avoir, avant le départ à l’étranger, été assuré au moins pendant trois ans sans interruption auprès de l’AVS/AI.

 

Comment sont financées les primes de risque et pourquoi ces dernières sont en règle générale plus attractives que celles facturées pour une assurance-vie ?

La prime de risque peut être facturée soit au preneur de prévoyance soit à l’employeur. Quant à la troisième option, le financement de la prime peut être effectué en débitant le capital de prévoyance. Contrairement aux assureurs-vie qui appliquent un tarif individuel, nous proposons un tarif collectif. C’est pourquoi, nos clients profitent de primes de risque très attrayantes.

 

Lors de la prise d’une activité professionnelle indépendante, il n’existe aucune obligation de s’affilier à une caisse de pensions et le revenu au début de cette activité est souvent plus bas que celui perçu auprès du dernier employeur. Est-ce que le niveau du revenu a une influence sur les prestations assurables ?

Ce qui est décisif pour la couverture d’assurance, c’est le montant de la fortune de libre passage apportée et non le niveau du revenu. Au contraire d’une assurance de dommage très répandue, dans notre solution, nous appliquons le principe de l’assurance de somme. Ceci offre un avantage très clair au preneur de prévoyance, parce qu’en cas de sinistre aucune réduction de prestation ne sera appliquée.

 

 

Dans quelles autres situations, l’offre de couverture d’assurance Independent se prête-t-elle encore ?

Pause-bébé, formation continue et séjour de longue durée à l’étranger, déclenchent, en règle générale, un besoin de couverture d’assurance.

 

Couverture d assurance Independent

 

Pilier 3a : combler les lacunes

Emmanuel Ullmann

Emmanuel Ullmann est fondateur et secrétaire général de l’Association prévoyance suisse (APS).

L’Association prévoyance suisse (APS) représente les intérêts des institutions du pilier 3a, celles de libre passage et leurs clients. Le secrétaire général de l’APS, Emmanuel Ullmann, a répondu à quelques questions centrales.

 

 

Les institutions de libre passage et celles du pilier 3a existent déjà depuis longtemps. Cependant, l’APS n’existe que seulement depuis trois ans. Quel a été l’élément déclencheur à l’origine de cette création ?

Nous avons constaté que toutes les fondations étaient confrontées aux mêmes problèmes, mais aucun échange n’avait lieu entre elles. Par conséquent, il s’est avéré nécessaire d’avoir un interlocuteur central pour dialoguer avec le législateur. Car l’ASIP ne soutient guère les fondations de libre passage et encore moins celles du pilier 3a. L’APS comble cette lacune. Par sa structure simple, les chemins de la communication sont courts. Donc nous pouvons réagir et agir très rapidement.

 

Comme on le sait, l’Office fédéral des assurances sociales (OFAS) essaie d’imposer toujours plus de règles et notamment dans le cadre des fondations de libre passage. Est-ce que l’APS essaie aussi d’empêcher de telles régulations et dans cette hypothèse où voyez-vous le besoin urgent d’agir ?

L’un de nos objectifs est d’encourager la mise en place d’un système efficace. Nous nous opposons fermement à une surréglementation et privilégions le dialogue avec des exemples chiffrés, afin de trouver des conditions-cadres raisonnables. En ce moment, il y a certaines régulations en chantier. Nous remettons en cause la nécessité de certaines restrictions. Les régulations supplémentaires engendrent presque toujours des frais pour le preneur de prévoyance – cela ne doit pas être l’objectif à atteindre.

 

Concernant le pilier 3a, vous préconisez la possibilité d’effectuer des rachats. Qu’entend-on exactement par là ?

Environ 60 % des personnes actives possèdent un compte 3a. Cependant, depuis longtemps, pas toutes les personnes actives versent le montant annuel maximal. Les raisons sont souvent dues aux possibilités financières réduites, un intérêt tardif pour la prévoyance ou des interruptions du salaire AVS. Dans tous ces cas, cela engendre une lacune dans le pilier 3a. Le système actuel ne prévoit pas une compensation ultérieure de cette lacune – et cela n’est pas optimal. Il ne s’agit pas d’opter pour une augmentation des cotisations, mais plutôt de combler des lacunes de contributions.

 

Comment estimez-vous les chances que la politique accueille positivement cette idée ?

Comme mentionné, nous n’exigeons aucune augmentation générale de cotisations. Pour les personnes, qui par moments, ont interrompu leur activité professionnelle peuvent toutefois, avec un rachat dans le pilier 3a, mettre en place plus tard une solide prévoyance retraite privée. Cela aurait aussi un impact positif sur la pauvreté à l’âge de la retraite. Une diminution de la pauvreté à l’âge de la retraite va aussi dans l’intérêt de l’Etat. Dans ce contexte, nous croyons que notre idée a de réelles chances d’être mise en place.

 

 

« La durabilité financière n’est plus garantie depuis longtemps »

Dr. sc. techn. Jérôme Cosandey est Senior Fellow et responsable de recherche en politique sociale chez Avenir Suisse. Il s’occupe principalement des questions liées à la prévoyance retraite, la politique de santé ainsi qu’au contrat entre les générations.

Le concept suisse de la prévoyance vieillesse avec ses trois piliers demeure un modèle de réussite. Le manque de volonté de réforme fait cependant grandir la menace d’un déséquilibre financier. Un entretien avec Jérôme Cosandey, responsable de la recherche sur l’État social pérenne d’Avenir Suisse.

 

PensExpert : Vous avez 45 ans et vous allez devoir travailler encore pendant 20 ans. Comment avez-vous organisé votre prévoyance vieillesse personnelle ?

Jérôme Cosandey : Comme la plupart des Suisses, j’ai l’AVS, le deuxième pilier de mon employeur ainsi qu’un pilier 3a fiscalement privilégié pour lequel je cotise de manière facultative. En outre, je possède un logement en propriété, qui constitue également une partie de mon troisième pilier. Mais il faut aussi tenir compte d’autres facteurs pour bénéficier d’une prévoyance vieillesse durable : L’importance du lieu et de la qualité de mon logement. Comment puis-je développer des compétences spécialisées et sociales pour rester compétitif sur le marché du travail ? Et, même si cela peut paraître banal, une économie florissante et la possibilité d’y trouver un job sont les piliers les plus importants pour une bonne prévoyance vieillesse.

 

Notre prévoyance vieillesse vient des années 1970. Ce concept des trois piliers est-il encore d’actualité ?

Le modèle des trois piliers demeure intéressant aujourd’hui, car il se base sur différentes formes de financement. Le financement du premier pilier se fait avec un système organisé par répartition, c.-à-d. que les cotisations salariales et une partie des impôts annuels couvrent les rentes en cours. Ces recettes dépendent en premier lieu de la conjoncture suisse. Le deuxième pilier repose, quant à lui, sur le système de retraite par capitalisation. D’une manière générale, chacun se constitue une épargne via sa caisse de pension, avec des fonds qui sont investis en Suisse mais aussi à l’étranger. Cela permet de diversifier le risque de financement sur un plan international. D’un point de vue de son financement, le troisième pilier est similaire au deuxième pilier, mais, il est facultatif. Le plan d’épargne peut être adapté pendant les mauvaises années. Le modèle des trois piliers offre ainsi une diversification du risque et une flexibilité. Cette construction est donc toujours d’actualité. Mais cela ne veut pas dire que tout est au mieux.

 

Où voyez-vous la plus grande urgence en termes de réforme et d’action ?

La durabilité financière des premier et deuxième piliers n’est plus assurée, mais chacun pour des raisons différentes. Pour le premier pilier, il s’agit en priorité d’une contrainte démographique. Comme la génération avec un taux de natalité élevé, les baby-boomers, va quitter le marché du travail au cours des prochaines années, il y aura beaucoup moins de salariés qui cotiseront. Dans le même temps, les personnes percevant une retraite seront plus nombreuses que jamais. Pour le deuxième pilier, des promesses de rentes ont été faites par le passé, en se basant sur des taux de rendements nominaux. Mais comme désormais, l’inflation a nettement baissé, ces rendements ne sont pratiquement plus réalisables. Pour cette raison, le taux de conversion doit, en urgence, être revu à la baisse. Heureusement, plus personne ne conteste aujourd’hui cette nécessité. La question est : jusqu’à quel niveau faut-il le baisser et avec quelles mesures d’accompagnement ?

 

Une espérance de vie plus longue, un taux de conversion élevé, de faibles taux d’intérêts : Est-ce le chant du cygne de la prévoyance professionnelle ?

La rémunération réelle des capitaux d’épargne est encore positive. Du point de vue de l’épargnant, la retraite par capitalisation est donc toujours rentable. Le problème est que les retraités bénéficient aujourd’hui de subventions croisées de la population active, en raison d’un taux de conversion trop élevé. C’est contraire au système. Cela permet, certes, de maintenir en vie le deuxième pilier et de repousser les réformes, mais au détriment des jeunes générations.

 

L’âge de la retraite à 65 ans est-il encore adapté aujourd’hui ?

Mais où donc, si ce n’est en Suisse, devrait-on discuter d’une augmentation de l’âge de la retraite ? Nous avons une des espérances de vie les plus élevées au monde. Nous avons une économie qui dépend fortement du secteur des services et qui donc demande moins de fatigue physique de la part des citoyens. Qui plus est, le taux d’activité des travailleurs âgés est très élevé, même en comparaison internationale. Néanmoins, l’adaptation de l’âge de la retraite reste un tabou chez nous. Il en va autrement dans 17 pays de l’OCDE qui ont décidé une augmentation de l’âge de la retraite à 67 ans ou plus, et qui l’ont, en partie déjà, mise en application. En comparaison internationale, nous avons, entre-temps, rejoint le peloton de queue.

 

Que pensez-vous de l’idée de coupler l’âge de la retraite à l’espérance de vie ?

C’est une démarche intéressante qui est déjà poursuivie dans des pays comme le Danemark ou les Pays-Bas. Cependant, cela ne veut pas dire que chaque jour d’espérance de vie gagné doit être passé à travailler. Selon un calcul simple, on passe aujourd’hui 40 ans au travail et 20 ans à la retraite. On pourrait répartir, selon ce même critère, les sept semaines d’espérance de vie supplémentaires que l’on gagne annuellement. Certes, cela voudrait dire que chacun partirait à la retraite environ quatre semaines plus tard que ses collègues âgés d’un an de plus. Cependant, malgré cette retraite retardée, qui contribuerait de manière significative à l’assainissement de la prévoyance, chaque retraité bénéficierait d’environ trois semaines de retraite supplémentaires.

 

Existe-t-il d’autres modèles de retraite ?

Il faut des modes de transition flexibles, de la part des employeurs et de celle des employés. Au lieu de travailler jusqu’à 65 ans et de passer d’un coup de 100 à 0% de taux d’occupation, il vaudrait mieux commencer plus tôt à baisser progressivement le taux d’activité professionnelle. Par ailleurs, on pourrait travailler au-delà de l’âge de la retraite légale de 65 ans.

 

Voyez-vous des exemples concrets pour réduire l’excès de réglementations dans la prévoyance professionnelle ?

Il y a une tendance croissante à réglementer dans le régime surobligatoire. L’année dernière par exemple, le Conseil fédéral a introduit de nouvelles tracasseries. Des prescriptions plus sévères que pour les plans de prévoyance classiques sont désormais appliquées pour les plans 1e, concernant le calcul de la somme maximale de rachat. C’est la mauvaise direction. Il faudrait intervenir politiquement à cet endroit.

 

Vous demandez, entre autres, l’introduction du libre-choix de la caisse de pension pour les assurés. Quels sont les avantages d’une telle démarche ?

De plus en plus de personnes travaillent non pas pour un, mais pour plusieurs employeurs en même temps. Si ces personnes avaient une seule caisse de pension, ils pourraient canaliser toutes les cotisations en un seul endroit. Il y a également d’autres raisons. Lors d’une liquidation partielle dans une caisse de pension, par exemple suite à la fermeture d’une usine, les gens perdent, aujourd’hui, non seulement leur emploi, mais éventuellement aussi une partie du capital épargné, si la caisse de pension présente un découvert. Avec le libre-choix de la caisse de pension, le collaborateur pourrait au moins laisser son avoir de vieillesse dans sa caisse de pension. Avec le libre-choix, il y aurait également un renforcement de la concurrence entres les caisses de pension et cela conduirait à une consolidation du marché. Selon nos estimations, il serait possible de réaliser des économies annuelles, en termes de coûts de gestion (de la fortune), d’un montant de 800 millions de francs. L’impartialité m’impose cependant de préciser qu’à l’inverse, les dépenses de marketing augmenteraient.

 

Dans quelle mesure, le libre-choix pourrait résoudre les problèmes actuels de la prévoyance professionnelle ?

Le libre-choix par les assurés ne risque pas d’avoir un impact sur le taux de conversion trop élevé. Mais il reflèterait mieux l’individualisation croissante des parcours professionnels et serait donc une solution moderne.

 

Non à la réforme des retraites – bien pour les jeunes mais mauvais pour l’AVS

Avec un paquet global, le Conseiller fédéral Alain Berset souhaitait stabiliser le premier et le deuxième pilier. Cependant, la réforme Prévoyance vieillesse 2020 était trop compliquée et pas assez transparente. C’est pourquoi, Il fallait compter avec un «non» aux urnes. Pour les jeunes c’est une bonne nouvelle. Ils auraient dû, avec les générations suivantes, supporter les coûts de cette réforme. Malgré le refus du projet, le peuple serait ouvert à entreprendre les réformes urgentes nécessaires. Dans ce contexte, l’AVS a certainement la priorité. L’âge de la retraite pour les femmes devra, dans une première phase, être relevé à 65 ans et il faudra à long terme envisager une augmentation générale de l’âge AVS. Avec ce «non» demeure aussi, à l’avenir, le problème du taux de conversion pour la part obligatoire à 6.8 %, clairement trop élevé. C’est pour cette raison que les caisses de pensions continueront à utiliser l’avoir de retraite surobligatoire pour des subventions croisées. Cette situation inconfortable devrait se maintenir probablement encore pendant longtemps.