Non à la réforme des retraites – bien pour les jeunes mais mauvais pour l’AVS

Avec un paquet global, le Conseiller fédéral Alain Berset souhaitait stabiliser le premier et le deuxième pilier. Cependant, la réforme Prévoyance vieillesse 2020 était trop compliquée et pas assez transparente. C’est pourquoi, Il fallait compter avec un «non» aux urnes. Pour les jeunes c’est une bonne nouvelle. Ils auraient dû, avec les générations suivantes, supporter les coûts de cette réforme. Malgré le refus du projet, le peuple serait ouvert à entreprendre les réformes urgentes nécessaires. Dans ce contexte, l’AVS a certainement la priorité. L’âge de la retraite pour les femmes devra, dans une première phase, être relevé à 65 ans et il faudra à long terme envisager une augmentation générale de l’âge AVS. Avec ce «non» demeure aussi, à l’avenir, le problème du taux de conversion pour la part obligatoire à 6.8 %, clairement trop élevé. C’est pour cette raison que les caisses de pensions continueront à utiliser l’avoir de retraite surobligatoire pour des subventions croisées. Cette situation inconfortable devrait se maintenir probablement encore pendant longtemps.

Comment gérer une hausse des taux d’intérêts

Depuis 1990, les taux d’intérêts nominaux ont reculé en Suisse de près de 7 % à un peu moins de 0 %, permettant de réaliser d’importants gains de change sur les obligations. La situation devient problématique lorsque les taux n’évoluent plus. Vu le niveau historiquement bas que nous connaissons actuellement, il est donc probable que la prochaine tendance soit à la hausse. Une hausse qui entraînera cependant des pertes de change sur les titres porteurs d’intérêts à taux fixes.

« Une gestion des risques active est cruciale dans cette phase », expliquait le Dr Alfred Bühler de PPCmetrics lors d’une conférence BVG-Arena de l’Innovation deuxième pilier à Berne en fin d’année passée. Et malgré cela, il sera difficile d’obtenir un rendement de plus de 1% sur une obligation suisse durant les dix prochaines années. Une compensation par les plus-values de placements à hauts risques est toujours possible, mais les attentes de rendements de ce type d’investissement sont également faibles. Le Dr Bühler admet volontiers qu’une caisse de pension solide, avec une structure d’âge saine se lance dans des placements à plus hauts risques. Mais selon lui, le transfert de risque doit être transparent et surveillé de près. Pour ce faire, une attestation claire et précise du degré de couverture économique (garantie financière) et du niveau de couverture de risques (charge de risque assumée par le preneur de risque) permettrait déjà de sensibiliser les instituts de prévoyance et attirerait l’attention sur la problématique du transfert de risques.

Lors de la conférence, Ernst Rätzer, expert diplômé en assurance de pension, affirmait également que la hausse des taux d’intérêts nominaux était gérable. En effet, depuis les années 30, il ressort que chaque inversion des taux vers le haut coïncidait avec une hausse significative des rendements des obligations les cinq années suivantes. En omettant les années 60, cette tendance se confirme aussi concernant les actions. Il est donc vraisemblable que pour les trois à cinq prochaines années, les rendements continuent sur la même voie, en partant évidemment d’un taux d’intérêt initial plus bas.

De mon point de vue, les perspectives doivent également tenir compte du faible taux d’inflation, un facteur dont on ne mesure à mon avis pas assez l’impact. L’Office fédéral de la statistique a même mis en évidence en 2015 une inflation négative de 1.1 % ! En d’autres termes, les taux d’intérêts pourraient rester positifs à condition que le pouvoir d’achat des avoirs de prévoyance demeure constant.

Ce sont en fin de compte moins les taux d’intérêts du marché qui mettent en péril l’équilibre de notre prévoyance professionnelle, que des paramètres de calculs essentiellement politiques. Ainsi, les taux LPP minimums, et en particulier les taux d’intérêts techniques, sont surévalués depuis des années. Il en est de même pour le taux de conversion dans le 2e pilier obligatoire, dont le niveau élevé perturbe l’ensemble du système. Il permet aux retraités d’aujourd’hui de profiter de hauts niveaux de rentes, certes, mais sur le dos des personnes actives, qui doivent en financer les frais. A terme, cela se traduit par une augmentation des cotisations ou par d’autres mesures de redistributions en-dehors du système de prévoyance. Autant dire que la situation n’est pas tenable dans la durée. Et que d’autres solutions s’imposent rapidement.

Plus de propriétaires, retraite plus tardive : les pistes d’amélioration du système de prévoyance suisse, selon Mercer

La dernière étude Melbourne Mercer Global Pension classe le système de caisse de pension suisse parmi les meilleurs. Pourtant l’étude propose des possibilités d’améliorations, telles que l’augmentation de l’âge de la retraite et du nombre de propriétaires de leur propre logement.

Avec une note de 74,2 sur 100, le système de prévoyance suisse se situe en 4e position, en compagnie de la Suède, derrière l’Australie (79,6), les Pays-Bas (80,5) et le Danemark (81,7).Dans le bas du classement, avec un score inférieur à 50 points, figurent des pays comme la Chine, l’Inde et le Japon. Ces systèmes ont un besoin urgent d’amélioration afin de survivre.

L’étude certifie que la Suisse est très stable et possède une haute capacité de financement. Elle identifie toutefois un grand potentiel d’amélioration. Avec une augmentation progressive de l’âge minimum de la retraite et d’une participation au marché du travail plus élevée de la part des travailleurs seniors, le système de prévoyance suisse pourrait encore se renforcer à long terme, selon l’étude. En outre, les mises à la retraite anticipée ne devraient plus être encouragées comme elles l’étaient auparavant. Toujours selon l’étude, les caisses de pensions gagneraient également à développer des stratégies globales de gestion du risque.

Par ailleurs, le versement des avoirs de prévoyance avant la retraite devrait être limité au financement de son logement. En effet selon Mercer, l’accession à la propriété est un facteur important dans la prévoyance et doit donc être mieux promu en Suisse. C’est d’autant plus le cas dans le contexte actuel de taux d’intérêts faibles. Le financement de son propre logement s’affirme alors comme une alternative particulièrement intéressante aux obligations. En effet, les revenus d’un propriétaire sont générés grâce à la valeur croissante de son bien immobilier, mais également de par les loyers épargnés.

De plus, alors que le cours des obligations baisse lorsque les taux d’intérêts remontent, la jouissance d’un logement reste constante (indépendamment du prix de l’immobilier). Elle peut même être augmentée par des investissements.Enfin le statut de propriétaire, contrairement à celui de locataire, permet mieux d’adapter son logement à ses besoins en fonction des aléas de la vie, et notamment face aux désagréments liés à la vieillesse.

Dans cette perspective, il serait évidemment bienvenu que le capital LPP puisse toujours être utilisé pour le financement d’un logement. Et c’est pourquoi nous ne connaîtrons probablement pas de nouvelle restriction concernant le retrait anticipé du capital de prévoyance. Ce dernier doit toutefois être effectué avec prudence, notamment si l’on prévoit d’effectuer des rachats auprès de sa caisse de pension pour combler les lacunes de cotisations. En effet, pour bénéficier des déductions fiscales d’un rachat, le retrait anticipé lié à l’achat d’une maison doit d’abord avoir été remboursé. De plus, l’assuré qui souhaite utiliser son capital de retraite pour financer l’hypothèque de son logement doit savoir que cette possibilité, bien qu’attractive, est actuellement limitée à 10% des avoirs de prévoyance.

Concernant le rehaussement de l’âge de la retraite, l’établissement d’une durée de cotisations fixes serait à mon avis plus sensé. En effet, une carrière moderne est ponctuée notamment de formations continues ou d’autres interruptions professionnelles plus ou moins longues. La prévoyance professionnelle se base aujourd’hui implicitement sur le fait qu’un travailleur doit cotiser durant 40 ans au maximum. L’objectif est que l’assuré puisse conserver son niveau de vie habituel au moment de toucher la rente AVS. Mais avec l’augmentation de l’espérance de vie en Suisse, si l’on souhaite maintenir un niveau des retraites satisfaisant à long terme, il conviendra de réfléchir à leur financement, qui passera soit par l’augmentation de la durée des cotisations, soit de leur montant. Rappelons que l’espérance de vie à partir de 65 ans est aujourd’hui évaluée à 19 ans pour les hommes et 22 pour les femmes. Les nouveaux retraités ont donc de belles années devant eux, lesquelles devront toutefois bien être financées par un moyen ou un autre.

Lien de l’étude: http://www.globalpensionindex.com/wp-content/uploads/Melbourne-Mercer-Global-Pension-Index-2015-Report-Web.pdf

Les assurés de la LPP demandent plus de flexibilité pour la constitution de leur patrimoine, selon une étude d’AXA.

« Une taille unique pour tous ? » Au fil du temps, les modes de vie se diversifient et se transforment. C’est pour cette raison que la prévoyance professionnelle – qui est souvent l’actif le plus important de l’assuré – devrait pouvoir s’adapter aux besoins de chacun. Chacun devrait ainsi pouvoir choisir sa stratégie de placement, le mode de financement de son propre logement, les critères de répartition entre les légataires en cas de décès ou encore la forme de versement de ses avoirs (rente ou capital).

Bien que les assurés soient propriétaires de leurs fonds de pension, cette évidence est malheureusement souvent oubliée lors des discussions sur la réforme Prévoyance 2020. Ainsi, la loi fait une différence entre la gestion de la fortune privée et du 2e pilier, se montrant bien plus restrictive envers cette dernière. Seule la partie surobligatoire permet en effet une certaine flexibilité, telle que par exemple le libre choix de la stratégie de placement. La fondation collective PensFlex fait ainsi profiter ses clients des nombreuses possibilités légales, que ce soit lors de la planification de leur retraite ou la constitution de leur patrimoine, leur permettant de bénéficier d’un régime fiscal privilégié. L’institution a d’ailleurs logiquement rédigé son règlement en fonction de ces possibilités.

Une plus grande marge de manœuvre dans la prévoyance répondrait aux vœux de la population, comme le montre une étude d’AXA Investment Managers. Bien que les personnes interrogées soient globalement satisfaites du système de retraite suisse, elles sont nombreuses à souhaiter une plus grande flexibilité dans la gestion de leur patrimoine. Quelque 28 pourcents des sondés seraient même en faveur d’un autre mode d’organisation de la prévoyance que le système actuel des cotisations obligatoires à la caisse de pension. Quant à la question de la forme du versement des avoirs de prévoyance, les réponses reflètent également des besoins différents parmi les participants au sondage : s’ils devaient partir en retraite aujourd’hui, la moitié d’entre eux opteraient pour la rente, un tiers pour une solution mixte entre capital et rente, et 10% enfin pour le paiement intégral du capital.

Salaire ou dividende ?

DeBild_JOpuis que la révision sur la fiscalité des dividendes est entrée en vigueur, de nombreux chefs d’entreprises ont choisi d’accroître au maximum la part de leur revenu constituée de dividendes, au détriment de celle constituée du salaire. Avec des incidences sur la prévoyance parfois peu favorables.

La révision sur l’imposition des entreprises II, introduite en 2009, comprenait notamment des allègements fiscaux sur les dividendes. Une aubaine que de nombreux entrepreneurs ont saisi en décidant de baisser leur salaire au profit de dividendes. Sans tenir compte des inconvénients qu’un salaire AVS trop bas pouvait engendrer.

Ainsi, un salaire AVS réduit diminue la part couverte par les assurances sociales et, par conséquent, les prestations offertes en cas de décès ou d’invalidité. De plus, cela supprime la possibilité offerte par un plan de prévoyance cadre bien établi de réduire son revenu imposable grâce à des rachats volontaires. Enfin et surtout, les avoirs de prévoyance cumulés auprès d’une caisse de pension sont exonérés d’impôts sur la fortune et sur le revenu (revenus d’intérêts, p. ex.) jusqu’à leur versement. Un point qui a toute son importance au moment de choisir entre un salaire élevé ou des dividendes.

Le choix entre salaire ou dividende, ainsi que les possibilités de rachat auprès de leur caisse de pension revêtent une importance fondamentale pour les entrepreneurs lors de leur planification fiscale et l’élaboration de leur plan de prévoyance. Ils devront tenir compte des différents éléments évoqués ici pour trouver la solution qui leur offre la plus haute valeur ajoutée, en fonction de leur situation personnelle.